Histoire

article | Temps de Lecture10 min

Histoire du château de Pierrefonds

Château de Pierrefonds vu du nord-ouest

Près de Compiègne, découvrez le château fort de Pierrefonds, démantelé au XVIIe siècle et réinventé au XIXe siècle par l'architecte Viollet-le-Duc en une extraordinaire réinterprétation du Moyen Âge et de la Renaissance. Un trésor d’architecture vous attend : la chapelle, la cour d’honneur ou les caves vous laisseront sans voix.

Le château de Louis d’Orléans

Le château de Pierrefonds voit le jour en 1397 : il est bâti en moins de 10 ans sous l'impulsion de Louis d'Orléans, fils du roi Charles V et frère cadet du roi Charles VI. Il reçoit ces terres du Valois en apanage et fait de ce comté une place stratégique forte pour défendre la ville de Paris des invasions bourguignonnes et anglaises (nombreuses pendant la guerre de Cent Ans).

Si Louis d'Orléans a pu construire le château de Pierrefonds et toutes ses places fortes telles que le château de Coucy ou le château de La Ferté-Milon par exemple, c'est grâce à la dot qu'a apporté son épouse, Valentine Visoncti, à l'occasion de leur union.

Le château de Pierrefonds est l’un des témoignages les plus aboutis de l’architecture militaire de la fin du Moyen Âge.

Visuel du château vu du ciel
Le château de Pierrefonds vu du ciel

© Scotome-CMN

Un destin tragique

Après la mort de Louis d’Orléans, assassiné à Paris le 23 novembre 1407 par son cousin Jean sans Peur, Valentine Visconti s’installe dans son château de Blois et ne revient jamais dans le comté du Valois. Le château restera rattaché à la couronne jusqu’au règne de Louis XIII, passant de main en main aux princes ligueurs comme le célèbre Antoine d’Estrées, père de Gabrielle d’Estrées, maîtresse d’Henri IV.

Pour affaiblir les places fortes appartenant aux princes opposants au roi, Louis XIII fait démanteler plusieurs forteresses du royaume dont le château de Pierrefonds. Il confie à Richelieu, en 1617, le soin d’assiéger et de détruire à coups de boulets l’emblématique château médiéval.

Le château tombe dans l’oubli, carrière de pierres envahie par le lierre, il devient l’endroit idéal pour les promeneurs.  Il est alors qualifié de « ruines romantiques »…

Ruines du château de Pierrefonds
Ruines du château de Pierrefonds

© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

Renaitre tel un Phénix

C’est au XIXe siècle que le château renaît. Depuis le siège de Richelieu, la première date clé est son classement au titre de Monument Historique en 1848.

À la suite de ce classement, il faut attendre 1857 et la décision d’un homme qui va changer la destinée du château : Napoléon III.

Vous connaissez maintenant les origines du château médiéval, nous allons vous conter sa renaissance !

Portrait officiel de Napoléon III
Portrait officiel de Napoléon III

© Pierre Coudert / Centre des monuments nationaux

Un projet ambitieux dans les mains de Viollet-le-Duc

En 1855, l’empereur Napoléon III, passionné par les nouvelles technologies industrielles et modernes, est l’instigateur de l’exposition universelle de Paris. 

Grâce au succès de cette exposition qui attire plus de 5 millions de visiteurs, l’empereur affirme son pouvoir en faisant du château de Pierrefonds, dès 1857, un enjeu du rayonnement de la France, mais aussi de ses savoir-faire industriels et artistiques. 

Napoléon III décide de transformer les ruines romantiques de Pierrefonds en une demeure Impériale. Il prend conseil auprès de Prosper Mérimée et confie à Eugène Viollet-le-Duc la restauration de la forteresse de Louis d’Orléans pour en faire un symbole du Second Empire.

Les travaux de restauration s’étendent sur une trentaine d’années

Devant la multitude des chantiers menés en France et en Europe, Eugène Viollet-Le-Duc nomme Lucyan Wyganowski responsable en chef des travaux du château de Pierrefonds. Durant la restauration, cet homme de confiance, véritable bras droit, exécute d’une main de maître ce chef-d’œuvre de l’architecte.

Dessin, aquarelle de Violle-le-Duc
Premier projet de restauration dessiné par Viollet-le-Duc

© Base regards / Centre des monuments nationaux

La salle des Preuses, un joyau d’architecture

Pièce emblématique du château de Pierrefonds, la salle des Preuses, de par ses dimensions et son décor, est sans nul doute la salle phare du monument. Sa voûte en forme de coque de bateau renversé, ses 53 mètres de long, 12 mètres de haut et 10 mètres de large lui donnent l’aspect d’une salle de bal.

Salle des Preuses
Salle des Preuses avec sa cheminée en fond et sa borne circulaire en tissu au premier plan

© Colombe Clier - CMN

La collection d’armures de Napoléon III

En présentant son cabinet d’armes et d’armures dans un château de légende, Napoléon III adhère pleinement aux goûts de son temps. 

Il ne reconstitue pas la salle d’armes d’un château mais restitue l’ambiance et l’environnement supposés d’une demeure médiévale en y installant sa collection.

L’empereur, dont on connaît l’intérêt pour les progrès techniques et notamment ceux de l’artillerie, a montré un intérêt très vif pour les armes anciennes.

Dans ce domaine, ses différentes acquisitions attestent d’ailleurs de choix très sûrs. Selon Viollet-le-Duc, l’empereur souhaite ainsi faire de Pierrefonds un musée du Moyen Âge comparable au musée gallo-romain de Saint-Germain-en-Laye.

Collection d'armures de Napoléon III
Collection d'armures de Napoléon III

© Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

L'exil

À la chute du Second Empire, en 1870, les travaux de restauration sont arrêtés. Le château a déjà sa silhouette définitive mais les décors intérieurs sont loin d’être achevés. 

La famille impériale quitte la France pour l’Angleterre : ils ne profiteront jamais du monument et des fêtes somptueuses qui auraient pu y être organisées.

Le château, entièrement financé par l’empereur et la liste civile, devient propriété de l’État. Les travaux suivants ne seront plus que des travaux d’entretien et de réparations.

Cette réinterprétation du Moyen Âge ne se limite pas aux extérieurs du château, mais concerne aussi ses pièces aux décors peints et sculptées de boiseries :

  • La chambre du seigneur avec sa frise chronologique de la vie d’un chevalier
  • La salle des Preuses et sa cheminée à double foyer qui fait écho à la salle des Preux du château de Coucy 
  • Le bestiaire médiéval fantastique : chimères, dragons, autant d’animaux qui vont surprendront !
La chambre du seigneur
Frise chronologique dans la chambre du seigneur représentant les étapes de la vie d'un chevalier au Moyen Âge

© Philippe Berthé / Centre des monuments nationaux

Pierrefonds, théâtre de la première Guerre Mondiale

Le château de Pierrefonds joue un rôle essentiel pendant la Première Guerre mondiale puisqu'il sert de casernement dès l’automne 1914 et ce jusqu’à l’Armistice.

Nous ne sommes qu’à une quinzaine de kilomètres du front et le village de Pierrefonds devient alors un centre d’appui militaire stratégique. Il accueille des soldats en cantonnement, des hôpitaux et des ambulances. Le château reçoit ainsi jusqu’à 1500 soldats par nuit, tandis que le prieuré, les thermes, la gare ou les écoles du village voient affluer les blessés.

Les soldats prennent alors le temps de se promener dans le village, d'aller jusqu'à Palesne pour boire une « chopine », ou de retrouver les joies de la peinture et de la musique.

Les photos d’archives témoignent également de l’artisanat, de cet « art des tranchées », qui permet de passer le temps comme les courses de totos (de poux) organisées dans la salle des Preuses.

Soldats en cantonnement au château de Pierrefonds
Soldats en cantonnement au château de Pierrefonds pendant la Première Guerre Mondiale

© Association Soissonnaise 14-18

Les graffitis : Traces de cette occupation

Les graffitis du château de Pierrefonds sont le bel héritage laissé par ces soldats. Ils révèlent leur mode de vie, leur humeur mais aussi leur humour !

Vous pouvez les découvrir lors des visites conférences thématiques.

Aujourd’hui géré par le Centre des monuments nationaux, le château de Pierrefonds vous ouvre ses portes toute l’année

Dessin de soldat datant de la Première Guerre Mondiale
Dessin de soldat datant de la Première Guerre Mondiale

© Association Soissonnaise 14-18

Un décor de cinéma

Saviez-vous que le château est aussi un décor de choix pour les producteurs de cinéma ? Si vous ouvrez les yeux, vous le retrouverez certainement dans la série Merlin, Les Visiteurs 2 ou encore dans Jeanne d’Arc de Luc Besson.

Tournage de la série Merlin-BBC-Shine limited
Tournage de la série Merlin-BBC-Shine limited

© Shine limited