Art & Architecture
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Le château de Pierrefonds déploie un vaste programme sculpté qui abrite notamment un bestiaire fantastique. Levez les yeux et amusez-vous à repérer les nombreuses créatures, parfois savamment dissimulées dans la végétation de pierre…
Au château de Pierrefonds, Eugène Viollet-le-Duc crée un ensemble décoratif complet où domine la sculpture.
Celle qui orne la cour d’honneur témoigne de l’imagination de l’architecte et du talent des artistes du XIXe siècle.
Véritable théâtre architectural, la cour d’honneur offre une grande diversité dans le traitement des façades. Celles de l’aile des Preuses, de l’aile des invités (avec son beffroi et son escalier monumental), de la chapelle, de la tour carrée et du donjon contrastent les unes avec les autres.
On y trouve des descentes d’eau de pluie transformées en salamandres géantes, gueule ouverte et des portails où siègent les grandes figurent du Moyen Age. Sur les pans coupés de la tourelle d’escalier du donjon, les vertus cardinales (la justice, la force, la prudence et la tempérance) accueillent les visiteurs de ce château réinventé pour Napoléon III et l’Impératrice Eugénie. Autrefois forteresse de Louis d’Orléans, son passé médiéval nous est rappelé par la statue équestre de son fondateur, œuvre en bronze d’Emmanuel Frémiet. Son piédestal précède les larges marches dont les rampes de pierre donnent vie à 4 monstres hybrides tout droit sortis de l’imagination d’Eugène Viollet-le-Duc. Ses créatures monstrueuses peuplent aussi la longue galerie de l’aile des Preuses où se déploient dos à dos, sous la voûte, les métiers du Moyen Âge et des animaux fantastiques.
C.Clier/CMN
Aux piliers de la galerie, où de nombreux chapiteaux sont restés inachevés, la sculpture illustre le Roman de Renart. Goupil (le renard au Moyen Âge) y tient le rôle principal sous le nom de « Renart ». Au cours de ses aventures avec les autres animaux de la forêt, dont le loup Ysengrin son plus grand ennemi, il croise aussi des humains. Les scènes deviennent alors autant de prétextes à des histoires satiriques permettant de critiquer la société ou les travers de l’homme.
À Pierrefonds, cet ensemble de récits poétiques en langue romane, au succès considérable, produits de 1174 à 1250 par divers auteurs, le plus souvent anonymes, contribue à la délicatesse d’un décor, sculpté dans la belle pierre calcaire extraite au XIXe des carrières locales. Ce bestiaire ravit les enfants tout comme les chats perchés aux lucarnes de toiture, tels les veilleurs infatigables du château.
© B.Gavaudau / Centre des monuments nationaux
Pour comprendre l’œuvre multiple d’Eugène Viollet-le-Duc, qui a dirigé la restauration du château de Pierrefonds, il ne faut pas manquer de visiter le musée lapidaire de la salle des gardes. Il apporte un éclairage complémentaire sur la relation entre l’architecte et l’archéologie. Les œuvres médiévales, partiellement mutilées par le temps, y sont complétées par les sculpteurs du XIXe siècle, présentées sous la forme de maquettes de plâtre et ensuite sculptées dans la pierre après validation de l’architecte.
Les œuvres originales de la grande scène de l’Annonciation, la Vierge et l’ange Gabriel, y figurent en bonne place. Elles rappellent que le grand tableau sculpté visible sur la façade extérieure du château est une reconstitution du XIXème siècle d’un thème voulu ici par le duc d’Orléans à la fin du Moyen Âge.
© Benjamin Gavaudau / Centre des monuments nationaux
Le 31 août 1833, Viollet-le-Duc est à la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi où il admire les stalles :
Je ne puis comparer à ce monument si complet qu’une chose, c’est un rêve que j’ai fait après avoir vu Pierrefonds étant enfant. Ce rêve m’est toujours resté en mémoire. C’étaient d’immenses galeries gothiques criblées de riches ornements, de peintures et de dorures ; au fond de ces galeries, des escaliers à jour à triple révolutions tournaient en tous sens, couverts de sculptures semblables à de la dentelle ; au plafond, des voûtes d’arêtes dont les côtes étaient éloignées du fond de la voûte, et formaient devant elle un réseau d’or, laissaient apercevoir de belles peintures bleues outremer ; des retombées immenses se terminaient en groupes d’enfants entortillés dans des fleurs et des branches ; des statues peintes supportées par des consoles à jour et surmontées de petites retombées, se trouvaient entre de grandes croisées longues et étroites qui ne laissaient pénétrer le jour qu’au travers de vitraux brillants. Je vois encore tout cela (…).
Art & Architecture, Chantier, Histoire, Incontournable
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